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L’importance des acteurs au cinéma

L’histoire du cinéma montre que chaque metteur en scène a sa manière de travailler avec les acteurs : la direction au millimètre d’un Bresson ou d’un Hitchcock, le travail sur l’improvisation d’un Scorsese, les non professionnels de Kiarostami… Une chose est sûre, l’acteur a une place centrale dans le cinéma, Orson Welles rappelle d’ailleurs dans ses entrevues avec Peter Bogdanovich que le rôle du comédien est souvent sous-estimé. Il est pourtant central ce qui explique certainement sa double casquette de réalisateur/acteur. Pour aborder concrètement la question de l’acteur au cinéma, nous avons interviewé Maxime Hermet, réalisateur du court-métrage de fiction La Belle et le Vertige. Il y met en scène plusieurs acteurs chevronnés dont la présence soutient une intrigue éthérée et fait toute la saveur du film. Un exemple excellent pour comprendre l’importance de l’acteur.

https://vimeo.com/79599331

Pourrais-tu nous présenter ton film ainsi que le contexte de sa production ?

La Belle et le Vertige est mon film de fin d’études, réalisé en 2013. C’est un court-métrage de fiction, tourné en noir et blanc, dont la première version du scénario a été écrite en 2008. Le film a été produit par l’association Oxymore, créée spécialement pour le film et qui a principalement servi à récolter les fonds pour la production. Enfin, comme c’est le cas pour de nombreux projets de courts-métrages, il y a une part d’autoproduction. Oui, c’est la première fois que je m’entoure exclusivement de comédiens professionnels pour un film.

D’où t’es venue l’idée d’utiliser des habituels seconds rôles du cinéma et de la tv ?

Tout d’abord, plus que le parcours cinématographique ou télévisuel de chacun, je crois que le lien entre tous les comédiens de ce film est la richesse de leur expérience théâtrale. Ce rapport au théâtre est précieux pour moi, parce qu’il est la promesse d’une technique de jeu précise et vivante. C’est ce que je recherchais pour ce film. Lorsque j’ai commencé à songer à la distribution, je souhaitais simplement m’adresser à des comédiens professionnels en espérant qu’ils accepteraient de m’accompagner dans cette aventure un peu folle. Comme j’avais une idée précise des physiques de mes personnages – des visages surtout – j’ai passé plusieurs semaines à fréquenter les sites d’agences artistiques en consultant les trombinoscopes des comédiens représentés. Ainsi, j’ai constitué un book d’une dizaine de profils pour les rôles principaux, en me focalisant d’abord sur les visages, ce qu’ils pouvaient évoquer en moi. Est-ce que tel ou tel visage pouvait devenir mon personnage ? J’ai passé ainsi beaucoup de temps à contempler les visages de ces comédiens, à les imaginer emprunter les attitudes des personnages. C’est dans un second temps que je prenais connaissance du parcours artistique des comédiens. Donc en aucun cas le CV ne fut un critère absolu pour moi. Je reconnais la particularité de cette méthode de recherche. Avec le recul, je trouve que c’est un peu fou comme procédé, se contenter d’une photo et de quelques expressions saisies sur le vif. Mais en même temps, quand je vois le résultat, je suis très satisfait. La qualité de la distribution est la première réussite de ce film, à mon sens. Il n’y a qu’avec Jean-Claude Dreyfus que les choses se sont faites différemment. J’avais vu les principaux films dans lesquels il avait joué. J’avais en mémoire ses performances massives – comment oublier le boucher de Delicatessen ? – et je l’imaginais parfaitement endosser le costume de mon personnage. De plus, je savais que Jean-Claude Dreyfus acceptait de tourner de temps en temps dans des courts-métrages. Je l’ai donc contacté directement pour lui soumettre ma proposition. Il a été très sympa, il a tout de suite accepté. C’est le premier comédien que j’ai rencontré et sans qu’il le sache, c’est lui qui m’a insufflé l’énergie pour mettre en route la production de ce film. Jean-Claude Dreyfus est un personnage en lui-même, doté d’un charisme implacable. Il était très pris à l’époque du tournage et nous avions réussi à rassembler tous ses plans sur une seule journée. Je me souviens, quand il est arrivé, l’atmosphère sur le plateau est devenue différente. Il y avait moins de bruit, comme si chaque membre de l’équipe s’imposait un silence respectueux. Monter les projecteurs, déplacer les éléments de décors, donner les ordres et tous les gestes habituellement bruyant devenaient sobres et délicats, comme effectués en sourdine. L’une des premières choses que Jean-Claude Dreyfus m’a dite en arrivant sur le plateau fut de lui donner les indications, de lui dire ce qu’il devait faire. Je pense qu’il cherchait avant tout à me mettre en confiance, parce qu’il savait parfaitement ce qu’il devait faire. Avant le tournage, je me suis beaucoup interrogé sur la manière dont je devrais « diriger » les acteurs. Comment se sentir légitime pour donner des indications à tous ses comédiens chevronnés ? C’est grâce aux répétitions et aux nombreuses discussions avec les comédiens en amont du tournage que j’ai pu me sentir en confiance et envisager sereinement mon rôle de metteur en scène.

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Comment s’est passé ton casting ?

Je n’ai pas fait de casting, au sens où on l’entend de manière générale. Sur de précédents projets, j’avais trouvé l’exercice froid, frustrant pour moi et certainement violent pour les comédiens. Pour ce projet, j’ai préféré privilégier la convivialité, en organisant des rencontres chez moi ou dans un café. Ces rendez-vous duraient parfois assez longtemps. On parlait de tout. Du film, bien sûr, de l’histoire, du personnage, du cinéma en général et puis d’autres choses encore. Au terme de ces rencontres j’organisais des essais filmés. Je n’ai pas rencontré énormément de comédiens puisque j’ai eu la chance de trouver rapidement mes personnages. Par exemple, je n’ai vu que deux autres comédiens avant de rencontrer Alexis Desseaux qui joue le rôle principal.

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Ton film est très fellinien, avec un scénario très irréel, du coup les acteurs doivent porter le film n’est-ce pas ?

Merci beaucoup pour l’adjectif. L’œuvre de Fellini est effectivement une référence importante pour ce film, en particulier Huit et demi. Mais je pense que ce serait présomptueux de ma part d’accepter la filiation. Il n’y a de fellinien que Fellini lui-même. Il fait partie de ces auteurs uniques et inimitables qui ont inspiré et inspirent encore de nombreux jeunes cinéastes. Je dirai plutôt que La Belle et le Vertige est un geste d’inspiration fellinienne. Tu as raison, La Belle et le Vertige présente un scénario « d’ambiance », où l’univers prime sur les péripéties. Il était donc important que les acteurs s’insèrent dans l’univers que je tentais de créer. Je dirais que la réussite du film dépendait de cette alchimie entre les comédiens (donc les personnages) et l’univers mis en place. Les démarches et les attitudes des uns et de autres devaient s’inscrire dans la logique de l’environnement onirique du film. Avant le tournage, nous avons organisé des répétitions où nous discutions longuement des personnages et des intentions de mise en scène. Je me rappelle notamment de longues discussions avec Alexis Desseaux, pendant lesquelles nous travaillions sur le personnage principal afin de définir au mieux ses motivations, ses obsessions et ses peurs. Puis nous cherchions la tonalité du film. Nous avons parfois tenté des choses extravagantes qui nous ont servies à mieux cerner l’ambiance du film. Avec Marc Schapira et Mour, qui interprètent respectivement Blanc et Auguste, le travail lors des répétitions a été axé sur la recherche d’attitudes propres à chacun. Puisqu’ils devaient créer un duo avec des valeurs de domination/soumission, il devait y avoir un langage d’expression corporelle précis entrant en conflit : l’un autoritaire, se tenant droit, avec des gestes précis (Blanc) ; l’autre perturbateur, agité, ne tenant pas en place, avec des gestes ronds (Auguste). C’est tout ce travail qui m’a aidé à mieux appréhender les personnages, mais aussi à mieux exprimer mes intentions. A mon sens, c’est l’un des principaux défis pour un réalisateur : transmettre ses intentions aux acteurs et aux techniciens, et ce le plus clairement possible. C’est ce qui fait la réussite d’un film. Si le metteur en scène ne parvient pas à traduire ses intentions, son film ne sera alors qu’une succession d’idées désincarnées.

La façon de filmer les acteurs met bien en valeur l’expressivité des visages, comment tu as pensé les prises de vue ?

Avec Jimmy Boutry, le chef opérateur, nous avons longuement discuté du découpage technique. J’avais envie de m’autoriser une certaine liberté sur le plateau, ne surtout pas m’encombrer avec des installations trop complexes qui auraient figé la mise en scène. De ce fait la plupart des plans ont été réalisés à l’épaule. Parfois, d’une prise à l’autre, nous changions l’échelle du plan dans une démarche d’expérimentation. Une des intentions était également de constamment perturber les repères des spectateurs. Il fallait donc déconstruire l’espace et rompre la monotonie du décor tout en accompagnant les mouvements des personnages. Une des brillantes idées de Jimmy Boutry, fut de créer les effets spéciaux au moment du tournage, avec un système de miroir à facettes, de projecteurs en mouvement ou encore de lentille déformante. Ainsi, mise à part un plan ou deux, l’ensemble des effets spéciaux que vous pouvez voir dans le film a été créé lors des prises de vues, dans l’esprit des effets spéciaux créés par Georges Méliès pour ses films. Ça a donné un côté début du XXème siècle au tournage, ce qui était assez magique.

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Le décor a aussi un rôle dans la mise en valeur des acteurs ?

Oui, là aussi le travail sur le décor fut une étape importante. La décoratrice Alice Breton a été la première personne que j’ai rencontrée sur ce projet. Nous avons beaucoup travaillé pour tenter de donner une singularité esthétique au film, tout en faisant attention à ce que les comédiens puissent évoluer dans un décor qui ne les « avalerait » pas. La difficulté était ainsi de conférer au décor une discrète originalité. Nous sommes passés par plusieurs étapes, il y a eu des hauts et des bas, notamment parce que c’était la première fois pour moi que je me penchais sur la création d’un décor, qui plus est un décor imaginaire à forte empreinte onirique. Au final, nous avons choisi d’utiliser de grandes pièces de tissus pour former l’espace mental du personnage principal. Puis sont venus les autres éléments pouvant évoquer l’idée du théâtre : rideaux, cordes, poutres, scène, etc. Il me semble qu’au final nous avons réussi notre pari : un décor sobre et en phase avec la particularité du film.

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Un mot sur la musique ?

La musique du film a été composée par Damien Deshayes. C’est une partition qui mélange une structure jazz et des éléments d’expérimentation. Avec Damien, nous avons voulu accompagner le personnage principal dans son errance psychologique, tout en se permettant d’ajouter des sonorités incongrues et décalées.

A un niveau purement budgétaire, que représente la participation de tels acteurs ?

La rétribution des comédiens représente ce je pouvais leur offrir de mieux : quelques bouteilles de vin (avec modération), de bons repas et une table régie toujours bien fournie. Et surtout ma reconnaissance éternelle ! Plus sérieusement, tous les comédiens ont participé bénévolement au projet, comme l’ensemble de l’équipe technique. J’en profite pour remercier toute l’équipe et les comédiens pour leur investissement, car évidemment sans eux le film n’existerait pas.

L’idée de faire un court-métrage leur était elle plaisante ?

Oui, je crois. Autrement ils n’auraient pas accepté. Ce qui leur a plu, c’est en tout cas ce qu’ils m’ont dit, c’était le défi que représentait le film, avec la création de cet univers particulier et autonome. Lorsqu’on s’est rencontrés avec Mour (Auguste), il m’a tout de suite dit que le personnage que je lui proposais lui semblait très intéressant car à mille lieux de ce qu’il avait fait jusqu’à présent ou de ce qu’on lui soumettait habituellement. Et je crois qu’il a pris un vrai plaisir à travailler et à proposer sur ce personnage, bien qu’il fut douloureux pour lui de se voir affubler de cette coupe de cheveux improbable…

Penses-tu qu’une production indépendante soit un bon moyen pour un second rôle de mettre en valeur ses qualités ? Notamment pour Alexis Desseaux qui est très connu pour son rôle dans Julie Lescaut.

Oui, je pense que pour n’importe quel comédien il est important de pouvoir s’investir de temps en temps sur des projets indépendants, de longs ou de courts-métrages. Récemment, j’ai vu un court-métrage dans lequel jouait Gérard Depardieu. C’est la preuve qu’il ne faut rien négliger. À l’époque où j’ai rencontré Alexis Desseaux, il souhaitait prendre ses distances avec son personnage de la série que tu cites. Je crois même que son personnage est « mort » quelques mois après que nous ayons tourné ensemble. Je me souviens qu’Alexis voulait davantage s’investir au théâtre et dans le cinéma. C’est pourquoi il était très attentif à l’actualité du court-métrage et qu’il étudiait soigneusement toutes les propositions.

Le film a eu une vie en festival ? Le travail avec les comédiens a t-il été salué ?

Le film a été sélectionné dans 5 ou 6 festivals. Il n’a pas obtenu de récompenses, mais j’ai pu notamment en parler avec Patrick Brion (Le cinéma de minuit sur France 3), qui était membre du jury dans un de ces festivals et qui a salué la mise en scène et la distribution.

Quid de la suite de ta carrière ?

Je mène plusieurs projets de front en ce moment. Un premier qui est développé par une société de production. Nous sommes actuellement en phase de financement. Un deuxième qui est en recherche de producteur. Et un troisième qui est en cours de coécriture avec un ami. Pour la première fois j’écris pour un réalisateur. C’est une approche de l’écriture que je trouve très enrichissante, puisque je dois être attentif à ce que veux raconter le réalisateur tout en proposant des choses qui puissent s’insérer dans l’univers du récit.

En guise de conclusion, est-ce que tu peux expliquer ce que travailler avec ces acteurs t’a apporté ?

J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec tous ces acteurs qui se sont pleinement investis tout au long du projet. Sur le plan personnel, cette expérience m’a apporté de la confiance et m’a permis de mieux appréhender le travail de la mise en scène : traduire au mieux ses intentions ; aider à apprivoiser le personnage ; être à l’écoute de ce que le comédien peut apporter.

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Stève Albaret

 

La vidéo, arme de communication massive de l'Etat islamique

La vidéo, arme de communication massive de l’Etat islamique

Suite aux attentats tragiques de Paris et Saint-Denis, nous vous proposons la lecture de l’excellent article d’Olivier Tesquet paru dans Télérama le 02/12/2014 et montrant comment Daech organise minutieusement sa production de vidéos dans le cadre d’une propagande implacable semblable à celle menée par Hitler et Goebbels en Allemagne nazie. Daech a bien compris l’importance et la domination du langage vidéo et marque sans hésiter une rupture avec la tradition islamique de non représentation et même de certains passages du Coran visant à mettre en garde les croyants contre l’idolâtrie (“Abraham dit à Azar, son père : “Prends-tu des idoles comme divinités? Je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement évident!” Sourate VI, verset 74).

Al-Furqan, Al-Hayat, Al-Itissam, et quelques autres encore… Difficile d’y voir clair dans la profusion audiovisuelle d’un Etat islamique aux ramifications médiatiques multiples. Qu’ils singent les médias occidentaux, qu’ils revêtent les atours du jeu vidéo ou qu’ils parent l’horreur pure d’effets quasi-hollywoodiens, les djihadistes ont fait de la vidéo leur principal pilier. Chaque semaine, ils inondent le Web de productions toujours plus léchées, chaque production répondant à un impératif de communication bien précis. Pour mieux comprendre cette obsession de l’image et sa signification, nous avons sollicité le décryptage de David Thomson, journaliste à RFI et spécialiste de la question (il en a tiré un livre-enquête, Les Français djihadistes, publiés aux éditions Les Arènes). Des pérégrinations à la frontière turco-syrienne de John Cantlie, otage-reporter de l’EI, aux déflagrations en Dolby Surround du montage Flames of War, il nous aide à comprendre l’identité visuelle du califat autoproclamé.

Cantlie à Kobané – Al-Furqan – octobre 2014

Résumé
John Cantlie, photojournaliste britannique otage de l’Etat islamique depuis novembre 2012, change de rôle. Pour le compte de ses geôliers, il devient « envoyé spécial » de l’EI à Kobané, à quelques encablures de la frontière turque, où les djihadistes livrent bataille aux rebelles kurdes.

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L’œil de David Thomson
« C’est la première fois qu’on voit John Cantlie en situation, comme s’il faisait un plateau pour une chaîne de télévision lambda. L’Etat islamique a une tactique : utiliser un ressortissant occidental pour déconstruire tout ce qui a été dit et écrit par les médias “mécréants”. La vidéo débute d’ailleurs par une vue d’ensemble filmée au drone, pour faire croire que la ville est sous contrôle de l’EI. Pour crédibiliser le propos, Cantlie cite des articles de presse, le nom de la publication et de l’auteur (par exemple, un article de la BBC daté du 17 octobre, NDLR), afin de les démentir in situ. Il va même jusqu’à citer John Kirby, le porte-parole du Pentagone. Il nargue également les médias occidentaux, qui n’ont pas accès à la zone : c’est un moyen de prouver qu’ils ne peuvent pas dire la vérité.

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Quant à l’apparence de Cantlie, elle est élaborée pour semer la confusion. Il a abandonné la tenue orange des otages similaire à celle des prisonniers de Guantanamo. C’est l’accoutrement qu’il portait dans la série de vidéos « Lend me your ears » (« Prêtez-moi vos oreilles », NDLR), et dans laquelle il expliquait sa démarche en nous apostrophant : “Je sais ce que vous vous dites : il est prisonnier, on l’oblige à faire ça, il a un pistolet braqué sur la tempe. Oui c’est vrai, je suis prisonnier, mais puisque mon gouvernement m’a abandonné, je n’ai plus rien à perdre.’” 

Désormais, il est habillé en noir (la couleur prisée par les djihadistes, NDLR), et il porte la sunna, barbe naissante et moustache rasée. L’EI entretient le doute : Cantlie est menacé d’exécution, mais il parle de façon naturelle, à tel point que le spectateur se demande s’il agit vraiment sous la contrainte. C’est peut-être une stratégie futée de sa part pour sauver sa peau, puisque les partisans de l’EI s’attachent à lui, ce qui rend délicate son exécution. »

What are you waiting for ? – Al-Hayat – novembre 2014

Résumé
Trois djihadistes français brûlent leur passeport dans une vidéo publiée par Al-Hayat, la branche médiatique de l’EI dédiée au cyberdjihad.

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L’œil de David Thomson
« Devant des hommes en armes et masqués, trois Français équipés en micros HF – dont deux convertis – appellent à la hijra, l’émigration vers l’Etat islamique, et au désaveu du Tâghoût. C’est à dire qu’ils refusent d’idolâtrer tout autorité qui ne serait pas celle de Dieu, la démocratie, par exemple, car c’est “une loi humaine”. Un autre Français, masqué, commente la scène : “Vous avez insulté notre prophète, aujourd’hui nous mécroyons en vous.”

Le premier combattant, Abu Osama al-Faranci (le suffixe Al-Faranci, signifie “le Français”, NDLR), kalachnikov à la main s’adresse “à tous les musulmans qui vivent encore en terre de mécréance” en reprenant le titre de la vidéo : “Qu’attendez-vous ? Comment osez-vous travailler en ces terres de mécréances alors qu’Allah vous a ouvert les portes vers le meilleur des travails ?” Il reprend un argument assez classique de l’EI, en incitant les candidats au djihad à un départ rapide, “parce qu’il se peut qu’un jour, les frontières soient fermées”. Il affirme aussi qu’ils sont venus avec leurs familles et leurs enfants, et parle même de femmes enceintes, comme pour dire qu’il n’y a aucune excuse à ne pas les rejoindre. Il conclut d’ailleurs sur cet avertissement : “Le chemin est facile, aucune excuse”.

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Le deuxième, Abu Mariam, sabre et accent toulousain, s’adresse lui “aux ennemis de l’Islam, et en particulier la France” en nous prévenant que nous ne serons jamais en sécurité tant que la coalition les bombardera. Il paraphrase les instructions du porte-parole de l’EI, Abou Mohammed al-Adnani “l’ordre vous a été donné de combattre le mécréant où que vous le trouviez”. Abu Salman, le troisième combattant, enjoint ceux qui ne peuvent pas faire la hijra à faire le djihad de chez eux : ‘Laissez-les ne pas dormir (sic), laissez-les dans le stress […] Il y a des armes, des voitures, des cibles prêtes, il y a même du poison”. Il appelle non seulement à tuer les Occidentaux, mais aussi à leur cracher au visage, à les humilier.

C’est la première fois que des Français – dont deux convertis – brûlent leur passeport dans une vidéo. On pouvait voir une scène similaire avec des Kosovars, des Saoudiens et des Albanais dans le quatrième épisode de Salil Sawarim (“Le tintement des épées”, NDLR), le film emblématique de l’Etat islamique (voir ci-après). Ils les brûlent pour montrer qu’ils n’en ont plus besoin car ils sont partis pour ne jamais revenir. »

Le tintement des épées IV – Al Furqan – mai 2014

Résumé
Publiées tous les six mois environ, ces vidéos relativement longues (1h en moyenne) montrent essentiellement des scènes d’exécution et d’humiliation. Elles sont produites par Al-Furqan, le canal “officiel” de l’Etat islamique, formé en 2007 en Irak.

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L’œil de David Thomson
« Salil Sawarim, en français “Le tintement des épées’” c’est l’événement de la djihadosphère. Chaque nouvelle livraison est précédée par son lot de rumeurs et les partisans de l’EI l’attendent avec impatience. Le quatrième volet, mis en ligne en mai dernier, est particulièrement intéressant car il illustre parfaitement l’usage militaire de l’image et de la vidéo. Il débute sur un plan aérien de Falloujah, puis c’est un déluge d’assassinats ciblés, de poursuites en voiture, d’attaques de sniper et autres fusillades. N’oublions pas qu’au début, l’EI avait moins d’armes et de combattants que d’autres groupes. Mais avec ce genre de production, ils veulent terrifier l’ennemi au point où celui-ci préfère fuir et ne pas combattre. C’est ce qui s’est passé à Mossoul quelques semaines plus tard : on pense que Salil Sawarim a eu un effet psychologique très fort sur les soldats irakiens de Nouri al-Maliki, qui ont préféré déserter plutôt que d’affronter les combattants de l’EI, pourtant en infériorité numérique.

Sur les réseaux sociaux, certaines scènes deviennent cultes. Elles sont partagées comme des mèmes et provoquent l’hilarité des partisans de l’EI. C’est notamment le cas des scènes d’explosion de blindés, où l’on peut voir des corps projetés à plusieurs mètres de hauteur.”

Flames of War – Al-Hayat – septembre 2014

Résumé
Sur le modèle de Salil Sawarim, ce film de 55 minutes s’adresse aux jeunes occidentaux en faisant ressembler le djihad à une superproduction de Michael Bay. Entre images d’archives des chaînes d’info américaines et crépitement des armes automatiques, des chants viennent rythmer ce morceau de propagande en haute définition.

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L’œil de David Thomson
« Avec Flames of War, on franchit une étape supplémentaire dans la maîtrise stylistique. Al-Hayat est à la pointe de la technologie : ils disposent de caméras dernier cri (Nikon 5D, Canon C300), retouchent leurs images sur le logiciel After Effects, font un gros travail sur le son, et filment chaque scène sous trois angles différents. Comme dans Salil Sawarim, ils veulent montrer que l’Etat islamique est impitoyable avec ses ennemis, mais également bon avec ceux qui lui ont prêté allégeance. C’est pour ça qu’entre deux déflagrations, on peut voir des plans de moissonneuses-batteuses, qui sont là pour montrer que le territoire de l’EI est prospère.

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Du point de vue des djihadistes, la scène mythique de Flames of War se situe à la fin du film : un combattant anglo-saxon, cagoulé, fait un plateau comme un journaliste occidental. Derrière lui, des soldats syriens de la 17e division creusent leur propre tombe à Raqqa, un motif récurrent dans les films de l’EI. Interrogé, l’un des prisonniers accuse le régime de Bachar d’être responsable de sa mort, et souligne que ‘les officiers ont fui’. La scène finale montre leur exécution, et elle est suivie de ce message en forme d’avertissement : ‘The fighting has just begun’, le combat vient de commencer. »

N’en déplaise aux mécréants – Al-Hayat – novembre 2014

Résumé
Dans une mise en scène extrêmement sanglante, l’Etat islamique exécute dix-huit soldats syriens. Parmi les bourreaux, au moins un Français : Maxime Hauchard.

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L’œil de David Thomson
« Sur la forme, cette vidéo est une nouveauté : elle débute sur l’exécution d’un otage occidental, Peter Kassig, mais ne suit pas la mise en scène habituelle. D’ordinaire, Jihadi John (un gangsta rappeur britannique promu bourreau de l’EI, NDLR) menace le pays d’origine du supplicié, lui fait réciter un message puis le met à mort. Cette fois-ci, le premier plan montre une tête coupée à ses pieds. La séquence dure à peine une minute et on peut en faire deux interprétations : soit l’otage s’est rebellé, soit l’EI veut montrer que la mort d’un occidental n’a pas plus de valeur que celle d’un Syrien. Ce n’est d’ailleurs qu’un préambule à l’exécution des 18 prisonniers syriens.

Chacun d’entre eux est suivi d’un combattant de l’EI, à visage découvert. Plusieurs nationalités sont représentées, non seulement pour montrer que le message transcende les frontières, mais aussi parce que l’impact de la vidéo est décuplé dans chaque pays dont est originaire l’un des bourreaux. En aurait-on autant parlé s’il n’y avait pas eu de Français à l’écran ? Là encore, Al-Hayat montre sa maîtrise des ressorts médiatiques européens. Cette diversité sert aussi des fins de recrutement : il faut que les candidats au djihad puissent s’identifier aux combattants qu’ils voient. En montrant Maxime Hauchard, qui a grandi en Normandie, n’a pas connu la guerre et s’est converti seul derrière son ordinateur, l’EI montre que n’importe qui peut le faire.

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Le choix des prisonniers n’est pas anodin non plus. Ce sont des pilotes, probablement capturés cet été lors de la prise de la base de Tabqa. A ce moment, tous les soldats syriens ont été passés à la mitrailleuse mais ils ont choisi de garder les pilotes parce qu’ils bombardent les civils. De cette façon, l’EI instrumentalise leur rôle et se place en vengeur du peuple syrien.

Enfin, la scène est tournée à Dabiq, au nord d’Alep, ce qui est très symbolique (Dabiq est également le nom du magazine en cinq langues édités par Al-Hayat, NDLR). C’est une ville très importante pour les djihadistes puisque dans les textes, c’est le lieu de la dernière bataille avant l’Apocalypse. Tous les combattants de l’EI rêvent de participer à ce grand moment eschatologique, et s’ils pouvaient y affronter des occidentaux, ce serait pour eux une preuve qu’ils sont sur la voie prophétique.

Olivier Tesquet – article repris du Télérama sorti le 02/12/14

Introduction : Stève Albaret

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L’animation russe dans tous ses états

Si le grand public fait souvent la part belle aux productions japonaises ou américaines, tant pour leur quantité que pour leur qualité, les récents succès russes ne doivent pas passer inaperçus. S’il est dur de concurrencer des fleurons tels que les Simpsons (bien que “sous-traité” en Corée du Sud) ou One Piece, la Russie offre un large panel de créations variées s’appuyant sur la riche et méconnue histoire de l’animation russe. Une longue tradition de créateurs marquants initiée par des gens comme Ladislas Starevitch, pionnier capable d’offrir le spectacle d’insectes anthropomorphes dès le début du 20e siècle et reconnu aujourd’hui comme source d’inspiration par des cinéastes tels que Terry Gilliam ou Wes Anderson;  Alexandre Alexeieff célèbre pour sa merveilleuse technique du tableau d’épingles utilisé pour ses propres films ainsi que pour l’un de ceux du grand Orson Welles, Le procès; ou encore le très primé Yuri Norstein dont les films sont d’un grand raffinement technique et émotionnel. Il ne faut pas oublier non-plus les solides et anciennes institutions garantissant le socle de l’animation russe : la fameuse école de cinéma VGIK ou les studios de production Soyuzmultfilm, créés dans les années 30 afin d’offrir une alternative à Disney.

https://www.youtube.com/watch?v=oW0jvJC2rvM

Mais si le passé de l’animation russe est glorieux, le présent offre des motifs de satisfaction dont peu de pays peuvent se vanter. Tout d’abord, il faut mettre en lumière les réalisateurs russe qui, bien que méconnus du grand public, sont des virtuoses à la hauteur des McLaren, Trnka, Miyazaki, Svankmajer, Avery et consorts. Garry Bardine et Stanislav Sokolov tout d’abord qui ont su, par leurs styles très différents, perpétuer le rayonnement international de l’animation russe grâce à leurs longues carrières (tous deux sont nés dans les années 40 et ont une bonne vingtaine de productions à leurs actifs). Alexander Petrov ensuite et surtout, dans la maturité de son art et doté d’une technique extrêmement rare et poétique : la peinture animée.

Une telle poésie et une telle minutie pour un rendu qualifié de “tableau vivant” par les critiques lui ont valu un Oscar pour l’adaptation d’Hemingway. S’il peine aujourd’hui à exprimer pleinement son incroyable créativité, sachez tout de même qu’une de ses dernières productions a été vue par des millions de personnes dans le monde, peut-être par vous même :

Tout amateur de football aura été éclaboussé par la beauté de ce court métrage sans connaître pourtant l’identité de cet artiste dont la patte inouïe éclipse le message publicitaire. C’est là le paradoxe d’Alexander Petrov, ce génie de l’animation qui continue de créer des images supplantant l’image de marques clientes (Coca-Cola, Schwarzkopf, Jeux de Sotchi, etc…) lorsque nous attendons impatiemment des projets plus ambitieux et personnels.

Changeons totalement de registre en parlant de l’énorme succès russe de ces dernières années : Masha & Michka. Série pour enfants, animée en 3D et produite par la société Animaccord, elle met en avant les aventures d’une petite fille au milieu de la forêt. Pourtant très russe dans ses thèmes, la série parvient à se vendre extrêmement bien dans le monde entier. Diffusé dans une quarantaine de pays sur des chaînes aussi diverses que France5, Rai, Netflix, Boomerang ou Disney Channel et traduit dans une vingtaine de langues, chaque épisode fait un tel tabac que les vidéos postées sur YouTube génèrent des milliards de clics, l’épisode ci-dessous faisant même partie des 10 vidéos les plus vues sur la plateforme :

Pour conclure, parlons de Kseniya Simonova qui nous offre perspective réjouissante du futur de l’animation russe. Encore au début de sa carrière, cette ukrainienne d’origine russe a en effet de sérieux arguments montrant l’étendue de son talent et l’innovation qu’elle propose. Sa technique, non neuve mais parfaitement maîtrisée consiste à utiliser du sable pour dessiner dans une sorte de performance quasi live où l’animation se construit grâce aux apparitions et disparitions d’éléments dans le cadre, à l’univers sonore et aux coupes dans la captation.

Expérience trans-genre, que certains rechigneront à qualifier d’animée, la poésie de Simonova est cependant bien réelle et permet de s’immerger complètement et d’oublier les conventions. Son succès dans le concours “L’Ukraine a un incroyable talent” lui permet d’accéder à la notoriété et de présenter ses créations dans le monde entier. YouTube étant devenu un incontournable, elle comptabilise plusieurs dizaines de millions de vues.

Entre les succès éclatants de ses productions et les chemins artistiques empruntés par ses grands maîtres et ses grandes promesses, la Russie de l’animation est dans une période charnière extrêmement intéressante au niveau culturel car si les intérêts économiques sont bien sûr très forts, tout les exemples précédemment cités sont des succès publics internationaux. “Za vashe sdorovye”

Stève Albaret

TV journalism & GoPro : interview of Trevor Lloyd (BBC)

TV journalism & GoPro : interview of Trevor Lloyd (BBC)

It’s very surprising to see how GoPro cameras are used in various ways : creation, sport, drones… And its versatility doesn’t seem to have limits. The little cameras from Woodman Labs are now providing images for the most professional channels in the world. Trevor Lloyd is a BBC cameraman who’s using the GoPro 3 Silver edition with LCD touchscreen as a second camera. Read his brief resume and very interesting GoPro tricks :

I’m graduated with a degree in English literature from Leeds University, stayed on to do post-graduate diploma in Broadcast Journalism. I joined the BBC World Service in 2008 after a number of facilities, technical and studio jobs in the UK independent sector. I left the studio work behind 3 years ago when the opportunity to become a shoot edit came up. It’s the job I’ve always wanted, it just took 10 years to get there! I work mostly for the BBC’s foreign language services (Arabic, Persian) and shoot news, docs, lifestyle features, music and magazine programmes. I’m based at New Broadcasting House in Central London, but work wherever they send me!

B_Q1rzaUwAMQ-Xv.jpg_largeSo, the GoPro is the second camera I always have tucked away in the box.

There are two main ways I use it. Mostly it is mounted on the hood of my main camera and in its widest setting. This gives me a synchronous wide shot that I can use cut into the main shot I’m taking on my shoulder camera. This can be particularly useful in busy news events, where the chances of getting a wide shot are limited. I’ve mounted the camera as near to the centre as possible to allow for as much variation as possible. Sometimes the composition of the shot is a bit compromised, but because it is so wide, it doesn’t matter so much. I’d like to use some sort of ball mount for the camera so I can easily bias the shot to the left or right, but so far I haven’t found one that is lightweight or reliable enough. It’s one thing to reach out with one hand and tilt it up or down to adjust the horizon when you’re filming, but another to adjust it in all planes and then lock it off.

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The other way I use it is to offer a wide shot in interviews. I often mount it on a lighting stand with the camera set to its narrowest field of view. Often I will position it opposite the main camera to give an over-the-shoulder 2-shot favouring the interviewer. This way it can be used for questions, reactions and to show the location of the interview. If we have the luxury of two cameras, then the GoPro can be used to offer a more traditional wide shot. However, even on its narrowest setting, the image is still very wide, so either the camera has to be quite close to the subjects, or you use it to show all the lighting and other behind the scenes elements of the shoot. Sometimes this isn’t appropriate to show, but in recently I’ve seen more of these types of shots being used, so I think attitudes are changing. I recently saw a fairly high profile interview between the president of Iraq and BBC correspondent Lyse Doucet where this was the case. A few years ago this would have been limited to lifestyle/youth features, but deemed inappropriate for high ranking political figures. I think this change is interesting in its own right. A decade ago, producers and engineers were very concerned with having matched cameras for these kinds of shots. Having a handheld DVcam as a cut away was limited to MTV. Now I think audiences are more attuned to this. Leaps in the affordability and capability of things like DaVinci Resolve or even the colour correction tools in Final Cut Pro X mean it is easier to manipulate the images to cut together well.

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I tend to use the GoPro more when I am cutting the piece I shot myself. On a practical level, getting pictures into the BBC’s video server (it’s called Jupiter and is based around Quantel systems) from a GoPro, or anything else that uses a h.264 codec, isn’t straightforward. Since FCPX can deal with it without the need for transcoding, and then can quickly and easily sync it to the shots from the other camera, it makes it very easy to use in the edit. Just to explain, I create a multicam clip in FCPX consisting of just 2 clips, my main PMW400 and the GoPro. I then treat this as though it is just the main camera when I review with the journalist and cut it for editorial content. Once this is done I then have sync’d cutaways available at the stroke of a single key! I find it much quicker to work this way, than to go back and find the shots and then drop them in.

My main complaint about the GoPro, and I’m not alone in this, is that you can’t lock the exposure. The camera is at its weakest in low light, where it tries to lift the exposure and gets pretty noisy very quickly. It would be a real help to override the auto exposure in situations where you are lighting creatively.

We hope that the next GoPro will be able to lock the exposure. Nevertheless, one thing is sure : the camera stimulates people to increase its possibilities, for instance the Canadian rib cage from Back-Bone or the French stabilizer from Slick. Created in 2002, the little camera has changed the routine production in a few years, it’s maybe just the beginning.

https://vimeo.com/104842049

Stève Albaret

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EMMA ALLEN’s animated dream

A year ago, we discovered the beautiful RUBY, a 75 seconds animated film. The length is often a real handicap for shorts because of the difficulty for considering it a cinematographic work, ignoring its quality. It’s also really hard to make it visible to the potential audience. Despite of its basic animation techniques, Emma Allen’s short film conquered a big audience thanks to its poetry and great mood. Let’s talk with Emma, talented make up artist with great skills, ideas and heart.

Can you explain your desire of make up animation?

I wanted to bring body painting to life, to make it interact with the subject and to tell stories. So I started experimenting a few years ago, maybe 5 years ago, playing around with a snappy camera and very patient volunteers, developing the animation techniques.

Can you please give us a brief resume of your professional career?

From 16 I worked in a costume shop. After school I moved into fashion and costume, assisting for magazines and films. I also used to have a market stall selling my art at the weekends. I took up face painting as a side line one summer, taught to me by a friend. After 2005 I moved to Sri Lanka started a charity art project. I took my face paint with me and painted too. All along the way, I have had various bar/waitress/reception jobs dotted in between, to keep me afloat. In 2010, I moved back to London and since then worked full time as a face and body painter, SXF make up, artist and sewing teacher. I also make props, back drops and clothes. I still switch between these mediums depending on the season and where the work is.

We were very impressed by Ruby, how did you do this film?

Thank you so much. I’m so pleased you liked it. It’s a stop motion face paint – so all in all about 750 photos, all with slight changes to the make up. I filmed it on myself, with a light and camera set-up around myself and to one side my face paints and a mirror. It took 5 days in total including set ups and bits going wrong and re-shooting them. I had a very sore face at the end of it !

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The “death” theme is beautifully “mis-en-scene” thanks to your body painting technique, can you explain it?

When looking for a story that I could tell entirely though make up and on the face, I felt this would work well. Around that time I lost a close family member so I was thinking a lot about our mortality and that journey. The sensitivity of the topic is partly why I used myself as the subject.

The sound design is also beautiful, it creates a deep mood and make us feel like we’re travelling in time.

It’s actually made by Alex Try, who edits my films and sometimes does the sound. He did a great job on Ruby. The sound lends so much to the feeling of it.

Alex Try : The intention was to keep the sound design minimal so as not to distract from the visuals. We wanted the sound to build on and enhance the animation as opposed to dictate the mood. We kept all the samples in line with the nature theme. Avoided ‘digital’ sounding sounds, we layered up rainforest and weather samples to build the atmosphere. The idea behind the chanting vocals was to hint at the religious connotation of the reincarnation theme, without (hopefully) being to on the nose.

How did Ruby made its way on internet? (vimeo, youtube, zap2spion, etc.)

I entered it into a lots competitions, one eventually got back to me and it was an online voting system so that’s the first place it launched on that site and facebook, that was when I could see peoples initial reactions to it.  After that I sent it around a few sites, no one responded for a long time. A few months later after almost giving up on promoting the film, I had my first exhibition of body painting images coming up. My press release included a link to the film. One website called ‘Incredible things’ picked it up and then it spiralled from there.

It has been shown in cinemas? Festivals?

It has been in a several festivals including London Short Film Festival, BRIC in New York, Très Court International Film Festival in Paris and Fargo Film Festival.

Do you have body painting animation models?

I have some very patient friends who have modelled for me regularly and so know how tricky and time consuming it is – modelling for the animations can be very frustrating. That’s why on the long or more complicated ones like Ruby or Blink I do it on myself as I feel bad to put somebody else through that.

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Are you planning to make other stop motion films?

Yes, I have made three since Ruby, one is another one minute film but is still in the editing process as its a slightly different format the others. I have two in my head at the moment. One I’m shooting in the next couple of months so it should be out later in the year.

Even if your photo work is really impressive, your videos are totally fresh because of your way to tell stories with bodies and nothing else, it’s maybe the most organic cinema we’ve ever seen, what do you think about that?

Thank you! It encourages me to keep making these films. I do enjoy making still images, but I do particularly enjoy the storytelling and playful aspect of the animations. Saying that, I have another still image project that includes stories in still images, I interview cancer patients who have lost their hair in chemotherapy, and then design a paint for their head based on their experiences.

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Is your commercial work interfere with your personnal work? Is it easy to stay honest in your own vision?

Yes it does interfere and it is hard to stay honest to your vision. When I made Ruby, I just made it because I wanted to, I didn’t tell any one before I made it, the story line or what I was planning or anything. If no one saw it, it was fine as I just wanted to go through the emotions of making it. To be totally honest, after the attention that Ruby received it is harder to find that freedom again and also it’s tricky to allow yourself the time to invest in a personal project. There’s always something else more urgent to do and it’s easy to get caught up in what people might think if they see it of this or that. At the moment, I find very tricky to make a film with too many inputs to please everyone, the ideas get diluted. I have a couple of films in my head that I have been developing for a while. Now I have to take myself away and allow myself the time to get lost in them, on my own.

You also have a charity action which is link to art, can you explain it to us?

It’s called “The Card Project” and it’s an arts charity for disadvantaged kids in Sri Lanka. I started the project in 2005, after the tsunami, doing art and play sessions for the kids living in the refugee camps (this is actually where I first met Alex, my now editor, he was volunteering over there too). The project runs in a children’s home. We run art sessions for the kids and we make greetings cards from some of the art they create. We sell the cards to raise funds for food, clothes, outings also school and building supplies. srilankacards.com

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Discover Emma’s work on www.emmaallen.org

Stève Albaret

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E3 2015 : Sony lâche trois bombes japonaises

The Last Guardian / Shenmue III / Final Fantasy VII : Quelques jours après la triple annonce incroyable de Sony, analysons en quelques points ce qu’elle représente à l’échelle de l’histoire du jeu vidéo.

La firme se recentre sur le Japon, pays de grand savoir faire vidéo-ludique et de fantasmes pour les joueurs du monde entier qui ont pu rêver grâce aux grandes productions nippones qui reviennent donc sur le devant de la scène internationale par l’intermédiaire de cet E3. C’est donc une bonne chose qui nous rappelle que le jeu vidéo japonais est une institution respectable (n’en déplaise à Phil Fish). Regardez donc la réaction exubérante de ces trois chroniqueurs redevenus enfants quelques minutes :

Rendons hommage à la représentante de la gente féminine pour son sérieux.

Sony mise sur trois titres devenus légendaires au fil des années, attisant la curiosité de très nombreux joueurs espérant sans trop y croire la finalisation de ces projets. On note d’ailleurs un retour vers une politique de l’Auteur, avec les créateurs Fumito Ueda et Yu Suzuki, visionnaires et artistes plutôt qu’exécutants, qui possèdent leurs publics d’aficionados et contribuent à la reconnaissance du jeu vidéo en tant qu’expression artistique à part entière. Un mot sur l’usage du Kickstarter pour Shenmue III : plus que de financer il permet de jauger l’attente autour du projet. Mais avec un objectif de 2 000 000 $ dépassé en à peine deux jours, aucun doute n’est permis quant à la sortie de jeu vidéo. Le remake de Final Fantasy VII représente également un choix judicieux de Sony tant cet épisode est le plus connu et renommé de la franchise tout en étant l’un de ceux dont les graphismes ont le plus mal vieilli, une réalité qui ne remet pas en question la qualité intrinsèque du jeu qui émerveille des millions de joueurs depuis la fin des années 90.

La baisse des ventes de consoles et l’augmentation constante des joueurs en ligne sur des plateformes telles que Steam, obligent les acteurs historiques à revoir leurs stratégies. Nous sommes actuellement dans une période extrêmement intéressante pour cette raison, car un mastodonte comme Sony revient aux fondamentaux permettant de probables succès artistiques, critiques et commerciaux tout en investissant le terrain du jeu indépendant. La bande annonce de Devolver Digital intercalée entre les “trois bombes japonaises” le rappelle. Malheureusement, le jeu indépendant risque de pâtir de son succès et se voir spolié de ce “label” assurant la liberté artistique. En attendant, profitons de cette période exceptionnelle du jeu vidéo.

Stève Albaret

VITO : humeurs de Paris et dessins d'humour

VITO : humeurs de Paris et dessins d’humour

En vous baladant dans le Marais à Paris, plus précisément devant l’Espace des blancs manteaux, vous avez peut-être croisé Victor Locuratolo dit VITO, exposant ses dessins colorés magnifiques, comme photographiés à des focales extravagantes. Le dessinateur observe d’un œil aiguisé le Paris fourmillant pour en extraire une quintessence tout autant poétique qu’humoristique. Son trait a d’ailleurs un lien de parenté certain avec le grand Sempé, mais dans l’esprit seulement car c’est avec un style bien personnel que Vito s’emploie à mettre en valeur ce qu’il voit au quotidien. C’est donc un dessinateur “sempé” et sympa qui nous fait l’honneur de répondre à nos questions.

D’où te vient l’envie de dessiner?
Depuis que je suis tout petit, je ressens le besoin de “cartographier” le territoire, les paysages et les villes qui m’entourent. Comme pour mieux les comprendre. J’ai commencé à remplir des carnets avec l’intuition qu’il fallait donner du sens à ce que je dessinais, et surtout créer un monde imaginaire qui pourrait me servir de refuge au cas échéant! Encore aujourd’hui, j’ai souvent l’impression que je ne comprends pas les choses tant que je ne les ai pas dessinées.

Le Paris de VITO

Peux tu nous résumer ton parcours, tes études, tes rêves de gosse?
Quand j’étais plus jeune, je rêvais de construire des villes! C’est un peu mégalo non? Depuis j’ai appris que les plus belles villes mettent des siècles à prendre forme. J’ai tout de même fait des études d’architecture parce que je n’avais pas l’audace de me lancer dans des études artistiques! J’ai travaillé quelques années dans des agences d’architecture. J’y ai appris beaucoup de choses mais j’avais le sentiment d’être assez médiocre et surtout que mon potentiel était ailleurs. Alors j’ai tout plaqué (progressivement en fait) pour tenter une carrière dans le dessin. Pour cela, il faut de la patience, une vision originale, de l’orgueil et un bonne dose d’insouciance!

Comment travailles-tu généralement?
Je passe beaucoup de temps à me balader, la “dérive” urbaine est mon principal moteur. Je guette des scènes qui me paraissent cocasses ou significatives. C’est une chance d’aimer des plaisirs aussi simples, ça ne coûte pas cher! Lorsque j’ai une idée extraordinaire, j’essaie de la coucher sur le papier. Après coup elle est beaucoup plus ordinaire, forcément. Mon principal problème, pour l’instant, c’est que j’ai du mal à retranscrire la spontanéité de mes esquisses lorsque je passe à l’encrage. Je me suis dit que je devais dessiner directement à l’encre, comme Johann Sfar par exemple, mais du coup je perds de la justesse dans le trait. L’équilibre entre la spontanéité et la justesse du trait est le principal sacerdoce du dessinateur…   

Nous sommes d’avis qu’une image fixe peut parfois contenir plus de mouvement qu’un plan filmé, qu’en penses-tu?
C’est une question de temporalité. Un plan filmé (et dans une moindre mesure la bande dessinée) ne sont pas très éloignés de la temporalité naturelle. Les images défilent et se remplacent les unes les autres. Une image fixe, au contraire, est une sorte d'”anomalie”, une tentative de figer un moment. Libre à l’observateur d’y laisser libre cours à son imagination! 

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Tu possèdes un trait joyeux, coloré et caricatural : quelles sont les choses les plus intéressantes à dessiner de Paris et des parisiens?
Paris est l’une des villes les plus denses du monde industrialisé. C’est cette densité qui est intéressante à dessiner. Elle offre une palette extraordinaire de contrastes, de conflits, de chaos. Elle fait en sorte que la ville est en perpétuelle mutation, des lieux sont en fin de vie, je m’intéresse particulièrement à ceux là. Mais je dois avouer que le plus intéressant à dessiner ce sont les belles femmes, je commence à peine à bien les dessiner, je dois encore m’améliorer. Dans le tome II, il y aura beaucoup plus de belles femmes…

Tes images sont parfois tellement belles que tu rends Paris sympathique, est-ce volontaire?
Comme beaucoup de monde, je ne me satisfais pas du réel, il est dur et parfois impitoyable. D’autant plus que nos sociétés individualistes et consuméristes ont considérablement appauvri la vie de quartier, négligé la complexité des paysages, etc. Pourtant je veux témoigner de la réalité qui m’entoure. Je crois que c’est pour cette raison que mes dessins ont un côté enfantin. C’est une forme de thérapie! J’ai d’ailleurs beaucoup plus de mal à dessiner les nouvelles formes urbaines (les zones industrialo-commerciales ou pavillonnaires, ce qu’on appelle le péri urbain). J’aimerais témoigner de cette réalité géographique, car elle est le quotidien de la majorité de mes contemporains. Malheureusement je ne prends pas de plaisir à dessiner ces choses, peut-être parce qu’elles ne sont plus à échelle humaine, et que je ne parviens pas à les rendre sympathiques comme vous dites. La photographie est probablement beaucoup plus adaptée pour rendre compte de cette réalité là.

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Tu fais de la bd ou seulement de l’illustration?
Je fais parfois des petits “strips” mais je ne ressens pas le besoin de faire une bd (même si par ailleurs j’en lis beaucoup). Je pense que ce n’est pas mon format naturel. Comme on l’évoquait, certains dessinateurs sont plus à l’aise pour raconter une histoire en un seul dessin ou en quelques images. J’ai toujours été plutôt fasciné par les livres illustrés à thèmes que par les bd. Encore une fois c’est une histoire de temporalité, mais aussi d’esthétique. Je crois que si je me lance dans un projet BD, ce serait dans la veine de la trilogie new yorkaises de Will Eisner. C’est pour moi la référence en BD reportage sur la sociologie de la ville.

Tu m’as confié que pour toi Sempé est un maître, peux-tu en dire en dire plus?
C’est un dessinateur qui va à l’essentiel et qui ne s’embarrasse pas d’un dessin trop léché. Comme lui je cherche à dessiner simultanément la petite échelle des interactions humaines et la grande échelle du territoire qui les façonne. L’intimité ne se révèle véritablement que par l’immensité du monde qui l’englobe… Par contre j’ai deux choses à reprocher à Sempé : d’une part je trouve qu’il ne se renouvelle pas suffisamment et qu’il pourrait être un peu moins gentillet. D’autre part je lui ai envoyé quelques dessins et il ne m’a jamais répondu! Quelle déception!

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Ta production est elle conséquente? Variée? 
Variée je ne sais pas, conséquente pas vraiment. Disons que j’ai des phases de production intenses et des phases plus tranquilles. L’auto édition de mon livre me prend beaucoup de temps et ma créativité en pâtit.

Le dessin satisfait il ton envie de création? On sait par exemple que la vidéo est généralement plus “dure” et longue à faire, le sentiment d’accomplissement peut donc être plus grand.
Le dessin a le grand avantage d’être un médium très accessible. Il ne demande pas une formation particulière, pas trop de matériel… Il permet de jeter très rapidement sur le papier les idées qui me passent par la tête. Cela dit ce n’est pas toujours suffisant et j’éprouve parfois le besoin de m’exprimer dans d’autres formes artistiques. J’aime beaucoup faire des maquettes et des collages par exemple. Dans une autre vie je ferai plasticien.

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Tu vends parfois dans la rue, qu’est ce que tu peux dire de cette façon de faire? L’aimes-tu? As-tu du succès? 
Le plus difficile c’est de faire le premier pas! Personnellement je n’ai pas trop eu le choix, j’avais besoin d’argent et je tenais à vivre du dessin. Les journaux, les galeries, les éditeurs m’ont toujours snobé alors je suis allé directement à la rencontre des gens! J’ai vraiment pris goût à ces expo-ventes de rue. Je rencontre plein de gens, j’ai souvent l’impression que je les touche vraiment, je les fais rire, ils me disent que je mets en dessin ce qu’ils ressentent au quotidien, j’ai même fait pleurer quelqu’un! La vente de rue m’a permis de financer l’édition du livre et j’en tire une certaine fierté. Je préfère de loin le contact direct au “crowdfunding” sur internet. J’ai pris confiance en moi et compris que je pouvais réaliser mes projets sans attendre le bon vouloir des professionnels de l’édition.

Tu viens de produire un livre disponible dans plusieurs librairies parisiennes, peux tu en parler?
L’idée du livre est venu progressivement, j’ai remarqué que je commençais à avoir beaucoup de matière et qu’il serait intéressant d’en faire un recueil cohérent. Bien sûr, c’est un livre sur Paris, mais plus globalement sur la ville contemporaine. Tous les thèmes abordés dépassent largement le petit monde parisien, c’est un livre très politique. Son originalité est d’aborder des thèmes comme l’immigration, la religion, les inégalités sociales, l’écologie ou la surconsommation par un angle de vue urbanistique. Je l’ai réalisé en auto-édition et démarché moi-même les librairies. La plupart des libraires indépendants que j’ai rencontrés ont joué le jeu et pris le livre en dépôt. Bien entendu, Les grandes enseignes comme la Fnac ou le Furet n’ont même pas considéré qu’il serait intéressant de feuilleter le livre, chez eux c’est NIET. Évidemment, c’est une prise de risque que d’imprimer 1000 livres sans diffuseur. J’ai misé sur une diffusion de proximité et compté sur la complicité des libraires. Pour l’instant, je suis plutôt confiant, le livre a un relatif succès…

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Que penses-tu de la publication papier des dessins aujourd’hui (bd et autres)?
Difficile de répondre à cette question tant il y a une profusion de styles! Disons que je ne suis pas très sensible aux mangas, la science fiction peut me séduire, les BD-reportages sont en vogue, c’est un style qui me plait. Il y a aussi beaucoup de BD historiques, ou autres biographies, j’adore ça. Je suis curieux des dessins de presse mais je leur reproche un certain conformisme. Il y a la mode des carnets de voyage, qui me touchent lorsqu’ils parviennent à éviter l’écueil d’une mièvrerie facile. J’ai remarqué que de plus en plus de BD actuelles sont en fait des sortes journaux intimes autocentrés. J’imagine qu’il y a une vraie demande mais je regrette que nous vivions dans une société où les lecteurs sont plus intéressés par des histoires de couches culottes et de coup de téléphone entre copines que par des histoires qui parlent du collectif, et qui assument une vision politique. Mon créneau je pense que c’est un mélange de dessin architectural, poétique, politique et humoristique. J’ai peut être trouvé une niche! 

Internet change t-il la donne pour les dessinateurs? Toi qui est blogueur, quelle expérience en as-tu?
Je ne suis pas réellement blogueur car pas très régulier dans mes publications! Internet est à la fois un formidable outil et une addiction frustrante. D’un côté c’est vrai que cela permet de diffuser plus facilement, d’échanger avec des gens qui partagent les mêmes goûts artistiques. Plus concrètement internet permet aussi de limiter les intermédiaires entre les créateurs et leur public. D’un autre côté je préfère le contact direct et je suis souvent déçu par l’impersonnalité du web. L’autre effet pervers est qu’internet donne l’illusion de la gratuité. Pour les jeunes générations, c’est une mine d’or. Mais progressivement, ce vivier culturel semble favoriser un zapping ininterrompu de biens culturels immatériels. Internet a déjà tué l’industrie du disque, de la presse, bientôt celle du livre? Je ne fais pas partie des démagogues qui vantent la gratuité et la liberté de circulation du web. Mais comme tout le monde, j’en profite aussi!

Quelles sont tes prochaines étapes?
Je vais essayer d’organiser plusieurs séances de dédicaces et des expos dans des lieux insolites. Puis je prépare le prochain livre…

Suivez Vito sur sa page FACEBOOK et sur son site http://www.vitoillustration.com/

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Stève Albaret

GRUPPO FARFA : Cinema alto ed altro a Molfetta

GRUPPO FARFA : Cinema alto ed altro a Molfetta

Se una grande parte dei cinema in Italia danno poche opportunità di vedere film decenti, la città di Molfetta purtroppo è in linea con questa tendenza: l’ultimo cinema del centro storico, l’Odeon, ha chiuso dopo una lenta agonia provocata tra l’altro dalla concorrenza sleale del multiplex dell’Outlet, nella zona industriale molfettese, dove sono spesso in programmazione americanate o italianate commerciali e poco interessanti. Il problema non tocca solo il settore cinematografico e forza il trasloco delle attività dalla città stessa a « non luoghi » chiamati generalmente centri commerciali. In questo contesto, la gente e, in particolar modo, la gioventù sono chiaramente messe in difficoltà nella propria città : già ad un livello economico e sempre di più ad un livello di appropriazione dello spazio, di identità e di cultura.

Per questi motivi, abbiamo intervistato l’ideatore del GRUPPO FARFA, Domenico De Ceglia, nato e cresciuto a Molfetta, molto affezionato alla sua città. Ci incontriamo sul porto, luogo importantissimo per capire le radici molfettesi. Ci sediamo fra l’Adriatico e il Duomo, proprio dove quasi cento anni fa c’era il cinema Vittoria. Auguriamoci che questo non sia soltanto un simbolo ma pure un portafortuna.

Ci puoi raccontare il tuo percorso?
Ho cominciato con l’audiovisivo 10 anni fa, vengo dalla scrittura che è sempre stata la mia passione. Ad un certo punto ho ritenuto di dover tradurre in immagini quella scrittura che era già per me un linguaggio iconografico. Sono nati alcuni lavori come La libertà che parla di una rivolta anarchica a Castel del Monte, essendo insegnante di storia, ho un approccio storiografico alla materia. Nel 2006, ho sviluppato a Bari vecchia un corso di cinema con le madri dei ragazzi a rischio, in un contesto molto particolare. Con Maria Cavalluzzi, pedagogista all’Università di Bari e con Rai Educational che sosteneva il lavoro, abbiamo prodotto un cortometraggio, Come quando le nuvole, scritto dalle madri. Noi pensavamo che per agire sui ragazzi, bisognava partire dalla formazione dei genitori, l’audiovisivo essendo in questo caso uno strumento per l’educazione. Abbiamo analizzato le fiction televisive che le madri vedevano: il lavoro non poteva non essere influenzato da questo immaginario. Qualche anno dopo, sono andato a lavorare per 4 anni in una scuola media di Udine. Il Friuli-Venezia Giulia è un contesto abbastanza aperto dal punto di vista cinematografico, organizzano per esempio un grande festival di cinema orientale, il Far East. Lì mi sono un po’ appassionato a questo tipo di cinema, i miei grandi riferimenti visivi sono Kim Ki-Duk, Park Chan-Wook o Wong Kar-Wai. Lì c’era pure un bel cinema « art & essai », Il Visionario. Queste sono esperienze che mi piacerebbe riportare a Molfetta. Non sarebbe male creare qui un piccolo cinema d’essai per proporre progetti di un certo spessore, un modo per unire l’intrattenimento alla formazione di una capacità critica degli spettatori molfettesi. In questo senso, ho fondato il Gruppo Farfa, ho chiesto il trasferimento e sono tornato a Molfetta, il contesto in cui volevo operare.

A proposito sai che quasi un secolo fa, qua c’era un cinema muto?
È vero? Bellissimo…

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Molfetta 1930 : Visibile giù a sinistra, il cinema Vittoria proiettava film muti

Dove nasce la tua voglia di cinema? Come la nutri?
Non amo molto parlare, per me scrivere o trasmettere attraverso immagini è la mia maniera per riflettere me stesso nel mondo e quindi manifestare la mia presenza nell’universo in qualche modo. Questa voglia la alimento grazie alla visione di film, alla lettura, a ciò che mi circonda, guardando la realtà da un punto di vista cinematografico, come se ogni mio sguardo fosse un’inquadratura lanciata sul mondo. Non so se sia una cosa innata o se si sia sviluppata nel tempo. Penso che il cinema sia manifestazione di quello che è il linguaggio più profondo dell’uomo : quello dei sogni, dell’intuizione, del nostro sguardo che vaga nella realtà, ad un livello pre-razionale. Qualcosa di originale che è stato prima della nostra concettualizzazione attraverso le parole, una cosa immediata. Per me tutto è cinema.

Hai un modo particolare di concepire i tuoi progetti, tra fiction, documentario e sperimentazione.
Ho cominciato con la fiction. Con la volontà di trascrivere per immagini delle storie, degli schemi di scrittura narratologici. Ho anche fatto dei documentari però non ne sono pienamente soddisfatto. Pensavo che il documentario avesse il potere di avvicinarti alla realtà, invece ho scoperto che si tratta ugualmente di una sorta di fiction, con razionalizzazione e organizzazione del materiale ripreso: un punto di vista del regista. A questo punto, tanto vale fare fiction. Può appagare il bisogno che il pubblico ha di storie. Sperimentare per sperimentare, non mi va. Se è per dire delle cose della realtà, allora sì sperimento.

L’influenza di Pasolini è molto importante per te vero?
Beh sì, a me ha sempre colpito il fatto che ritenendo insufficiente la letteratura per esprimere il suo mondo, abbia fatto ricorso al cinema. Pur studiando, pur scrivendo l’ho anch’io sempre ritenuta insufficiente per parlare profondamente dell’essere umano. Paradossalmente, le immagini, pur nella loro immediatezza, se bene organizzate, possono dire delle verità più profonde rispetto alla filosofia, la letteratura o la psicologia, dove spesso le parole sono strumentalizzate per dire qualcos’altro. Con le immagini è difficile fingere, capisci subito se un volto è triste o allegro. Con la scrittura è piu facile mentire. Pasolini mi ha sempre impressionato per questo coraggio che ha avuto di volere avvicinarsi alla verità. Anche se ho visitato la sua tomba a Casarsa, Pasolini non è per me un busto in un museo, lui è vivo come lo è il suo messaggio. Ho fatto una tesi di laurea sulla trasformazione della sceneggiatura in immagini in movimento, in riferimento a Empirismo eretico, un’opera stupenda di Pasolini. Ho superato Pasolini : « I professori vanno mangiati in salsa piccante » e digeriti, come il corvo di Uccellacci e uccellini, simbolo dell’intellettuale marxista, mangiato da Totò e Ninetto. Bisogna superare l’ideologia che è falsa coscienza per creare forme nuove ed aderire ad un nuovo presente.

 dove va l'umanità

Un’altra frase geniale del bellissimo Uccellacci uccellini

Pensi che le immagini dovrebbero essere studiate più delle lettere?
Almeno allo stesso modo. Ormai, le immagini hanno conquistato la nostra società, però la nostra capacità di lettura di queste è scarsissima. Non c’è la volontà di porci nelle condizioni di comprendere il significato del linguaggio iconico forse perché è strumento nelle mani dei potentati per vendere i propri prodotti. Se la gente avesse coscienza dell’uso che si potrebbe fare delle immagini stesse, forse si aprirebbero nuovi orizzonti conoscitivi. L’idea del cinema sociale che ho, come azione del Gruppo Farfa, va nel senso della formazione ad una certa estetica e ad una certa cultura artistica dei ragazzi soprattutto, e poi di chiunque.

Che pensi delle esigenze degli italiani nei confronti delle immagini?
In Italia, la televisione ha invaso molti campi della cultura. Prima di tutto, i programmi televisivi non sono più dello stesso livello di un tempo, vengono comprati all’estero, non si crea più qualcosa di nostrano. Però è in atto forse un cambiamento : credo molto nel cinema italiano, ci sono molti registi di cui ho molta stima come Sorrentino, Garrone… È la TV ad aver impoverito il cinema. Le grandi scenografie di un Fellini non erano più possibili sul piccolo schermo dove quella ricchezza di particolari non è visibile. Un cinema che ha imitato la fiction televisiva ovviamente non ha fatto più ricorso a quegli elementi. Le storie si sono indebolite, le immagini si sono ridotte al campo-controcampo. Sono però fiducioso, esistono opere che riflettono maggiormente sul mezzo cinematografico, restituiscono quindi conoscenza di esso e sapienza nell’utilizzarlo.

Parlami un po’ del Gruppo Farfa
Viene fondato come associazione di « filmmakers » da me e Giuseppe Boccassini nel 2009, grazie a dei finanziamenti pubblici della Regione Puglia e del Ministero della Gioventù attraverso il bando «Principi attivi, Bollenti spiriti». Così abbiamo attivato un corso di alfabetizzazione mediatica con i ragazzi, durato un anno. Abbiamo scritto con loro un film corto di 20 minuti, e l’abbiamo prodotto. Oggi, Farfa è una libera associazione, non è una casa di produzione. Ogni tanto ci riuniamo, elaboriamo progetti, cerchiamo finanziamenti pubblici, privati, oppure col crowdfunding, formula che abbiamo utilizzato gli anni scorsi e che ci permette di trovare un pubblico prima ancora di produrre un audiovisivo : per noi il contatto con la gente è sempre stato importante. Stiamo portando avanti un nuovo progetto chiamato Seaduction, un progetto sul mare e la sostenibilità, sarò il regista insieme a Serena Porta, Antonio De Palo sarà l’assistente regista, Giordano Bruno Balsamo il tecnico del suono, Bianca Gervasio ai costumi, Dario Di Mella alla fotografia… Ci stiamo muovendo per realizzarlo con l’aiuto dei ragazzi tramite « workshops » sui costumi, l’elettricità o la scenografia visto che lo stile del film sarà « steampunk » : il progetto ci serve anche per formare nuove generazioni di lavoratori cinematografici.

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Ci parli delle bellissime proiezioni all’aria aperta, con programmazioni e atmosfere sognanti, organizzate dal Gruppo Farfa?
Noi ci muoviamo per intercettare la gente, non la massa. Ci tengo a questa distinzione tra massa e gente. Non facciamo dei film per la massa o che cercano l’approvazione del pubblico, portiamo una proposta un po’ più alta e altra rispetto a quelle che solitamente il pubblico potrebbe trovare nella normale programmazione di un cinema. Con Out of bounds, che è la nostra rassegna di cinema estivo, tentiamo pure di aprire alcune piazze più sconosciute alla città stessa. La prima rassegna è stata in Piazza San Michele allora appena ristrutturata e poco frequentata. L’abbiamo rianimata dicendo ai molfettesi « Guardate che a Molfetta esistono degli scorci sconosciuti ma che vanno vissuti ». Bisogna interagire con gli abitanti, siamo contro la creazione di quartieri ghetto. Piazza delle Erbe è un altro esempio di rivitalizzazione. Per questo motivo, vorremmo un cinema itinerante anche se non è sempre facile visti gli innumerevoli problemi di suono, di vento…

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Parlaci dei vostri finanziamenti
Non si può negare che i finanziamenti pubblici hanno aiutato molti giovani pugliesi. Altrimenti sarei rimasto in Friuli a cercare altre vie. Tuttavia meglio non affidarsi troppo a questi finanziamenti, possono essere un’arma a doppio taglio: possono dare nuove possibilità e al contrario portare a non avere più nuovi stimoli. Il riferimento principale è il pubblico, lo spettatore. Quando si è protetti dai finanziamenti, è opportuno non dimenticare che il guadagno deriva dal pubblico. Oggi, con la crisi che stiamo vivendo, il pubblico non è più il primo obiettivo, come lo è stato negli anni passati. Resta necessario diversificare i finanziamenti : con il privato, con lo sbigliettamento o con gli sponsor.

Che rapporti hai col comune e col sindaco?
Siamo della stessa generazione, ci conosciamo bene. Molti dei nostri progetti vengono accolti e sostenuti dal comune grazie alla nostra continuità e alla nostra affidabilità.

Sembra che in Puglia si sta creando un movimento importante verso il cinema, e sembra che avete un posto importante in questo movimento?
Sicuramente. Credo che l’anno scorso l’Apulia Film Commission abbia prodotto 66 progetti tra corti e lunghi. Se qua non esiste una CineCittà, la Puglia stessa sta diventando una sorta di « cineregione ». Molte produzioni stanno trovando qua le « location » ideali. Allo stesso tempo si sta creando un indotto di professionisti pugliesi : fonici, montatori, registi… Farfa è solo una parte di quest’indotto.

Pensi che questo movimento possa migliorare il pessimismo generale?
In Italia c’è un ricorso intensivo alla lamentela. Ci si lamenta e non sempre si agisce. Lamentarsi porta spesso ad uno spreco eccessivo di energie che potrebbero essere utilizzate ad inventare e produrre. Non so se il cinema può cambiare le cose però, insieme ad altre, allora sì che può.

Ecco qualche “link” per seguire l’attualità del Gruppo Farfa :
www.gruppofarfa.org
http://seaductionpro.wix.com/seaduction
www.facebook.com/gruppofarfa

Stève Albaret

Afrique & Jeux vidéos : Aurion par Kiro’o Games

Afrique & Jeux vidéos : Aurion par Kiro’o Games

Le jeu vidéo change et connait une période d’abondance et de qualité sans précédent. L’ampleur prise par de petites productions à travers des plateformes comme Steam, et de plus en plus sur consoles, permet à une nouvelle vague d’artistes d’émerger à l’international. Nous connaissons les succès du suédois Jonatan Soderström (Hotline Miami), du tchèque Jakub Dvorský (Machinarium) ou de l’espagnol Carlos Coronado (Mind : Path to Talamus). Il faudra maintenant compter sur Guillaume Olivier Madiba, l’homme derrière Kiro’o, “vision spirituelle” en swahili, un studio indépendant de production de jeux vidéos dont la plus grande particularité est d’être implanté au Cameroun. L’Afrique du jeu vidéo est en effet trop méconnue, ainsi la sortie prochaine de l’ambitieux AURION : LEGACY OF THE KORI-ODAN est une excellente occasion d’interroger l’équipe responsable de son développement et d’en tirer peut-être quelques enseignements.

Qui est Guillaume Olivier Madiba et surtout d’où lui vient son envie incroyable?

Guillaume Olivier MADIBA est le CEO de Kiro’o Games et en est le Lead Project (Chef de Projet). Pour lui, Kiro’o était un rêve d’enfant et sa matérialisation n’a pas été si évidente. Pour la petite histoire, c’est à quatorze ans, après avoir achevé de jouer à Final Fantasy VII pour la 6e fois, que lui est venue l’idée de créer un jeu vidéo. Il s’est mis à imaginer une suite de la saga Final Fantasy dans un univers africain. C’est au bout de sept années passées à l’Université qu’Olivier obtient sa licence en Informatique (option Programmation et Génie Logiciels). En 2008, il crée MADIA (aujourd’hui MADIA SARL) avec un ami Patrick MAMIA. Cette entreprise offre des solutions informatiques à des sociétés et particuliers. Madia lui a apporté de l’expérience en termes de management. A côté de ceci, il a acquis de l’expérience en rédaction de scénario notamment grâce à son ouvrage Jour et Nuit paru en 2009. Petit à petit, Olivier réunissait les éléments qui devaient lui être utiles à la mise sur pied du studio Kiro’o Games. Et en Décembre 2013, après environ dix années de peaufinage du projet, ce dernier a vu le jour, au grand bonheur d’Olivier et de tous les personnes qui y ont cru.

Le projet Aurion remonte déjà à 2002, quelle est sa genèse?

Comme nous le disions précédemment, l’idée de créer Aurion est partie d’un rêve d’enfant. Dès 2002, Olivier a commencé à travailler sur le jeu (avec quelques amis de fac) et a produit une version non-professionnelle en prenant des images d’autres jeux. Le but était d’avoir des retours sur les mécaniques du jeu (gameplay) et la mise en scène (scénario). L’avis des différents joueurs, plutôt positif, a motivé encore plus Olivier à ne pas abandonner son projet. Et suite aux nombreuses expériences acquises (management, programmation, rédaction, etc.), le projet Kiro’o a pu décoller et Aurion est en développement depuis Décembre 2013.

Voici une vidéo retraçant ces 10 ans de parcours :

Aurion semble marquer un tournant dans l’histoire du jeu vidéo car on y sent de manière inédite un savoir faire, un terroir d’Afrique centrale, qu’en pensez vous?

Kiro’o Games est le premier studio de jeu vidéo dans la région Afrique Centrale. Le fait d’occuper cette première place est déjà susceptible d’attirer des curiosités. Aussi, Aurion est à notre connaissance le premier jeu vidéo pour PC et consoles développé en Afrique. À ce niveau, les les enjeux et défis sont encore plus importants. Nous pensons que le droit à l’échec n’est pas permis, notre savoir-faire doit être irréprochable. Du moins, nous devons tout donner afin qu’Aurion soit à la hauteur des résultats espérés.

Vous avez une véritable volonté de distraire accompagnée d’un fort respect pour les traditions, comme une mise en lumière de la culture africaine à travers l’histoire, les décors et les personnages d’Aurion, parlez nous de vos inspirations.

Nos inspirations proviennent de notre vie quotidienne, de notre histoire, de contes et de légendes africains que nous avons lus, bref, de notre culture. C’est au final des scenarii de vie que nous imaginons par l’intermédiaire du jeu vidéo en se basant sur notre background culturel. Nous nous demandons par exemple ce que serait le rôle de l’Afrique dans ce monde fantastique ; Comment serait la technologie? Y aurait-il autant de conflits? Et vous verrez que cette source d’inspiration nous permet de mettre en exergue des valeurs telles que l’amour, la persévérance, la détermination, la solidarité, etc. qui sont très ancrées dans nos traditions, us et coutumes.

Vous semblez également vouloir passer un message positif et sain aux jeunes, n’est ce pas?

Effectivement ! Nous sommes tous des jeunes (la moyenne d’âge au studio est de 25 ans) et nous ne pouvons pas, au-delà de ce que nous faisons comme activité, ignorer cet aspect ; Encore moins dans nos pays où la jeunesse semble désespérée. Beaucoup de jeunes nous voient aujourd’hui comme des modèles ce qui est très important car c’est une grande source d’inspiration et de motivation. D’ailleurs nous en profitons une fois de plus pour leur transmettre nos encouragements : Battez-vous, restez optimistes, positifs et dites-vous toujours ceci, comme Olivier : “Je donnerai de toute mon énergie. Et je serai ma propre matière première pour arriver à mon but”.

A votre connaissance, y a t-il d’autres jeux représentatif des goûts de votre région, de l’Afrique entière ?

Ah oui, ce qu’ignorent encore certaines personnes c’est que le jeu vidéo évolue sur ce continent. En 2013, le marché s’évaluait à plus de 300 milliards de francs CFA (http://www.afriqueitnews.com/2014/09/24/les-jeux-videos-ont-de-beaux-jours-devant-eux-sur-le-continent/ ). Cette somme ne serait pas si importante s’il n’y avait pas un intérêt pour les jeux vidéo en Afrique. Pour revenir concrètement à la question, il existe bel et bien des jeux vidéo à consonance africaine. Il y a par exemple ces jeux Africa’s Legends, The Tribes et Matatu que vous pourrez tester. Ils ont été développés respectivement par Leti Arts (Ghana), Maliyo Games (Nigéria) et Kola Studios (Ouganda). Toutefois, la particularité d’Aurion vis-à-vis de ces jeux est qu’il est destiné aux “PC Gamers” (les plus grands consommateurs au monde) et présente un plus grand format (près de 20 heures de jeu). Les autres studios africains font des jeux disons plus réduits, pour mobiles et tablettes. On espère d’ailleurs que notre jeu apportera un souffle nouveau à l’essor de cette industrie sur notre continent.

On sent malgré tout dans Aurion une inspiration de la grande 2D japonaise, que pensez vous du niveau de créativité artistique global des productions actuelles en Asie, en Europe et en Amérique du nord? Convient t-il aux attentes et idéaux des joueurs camerounais?

Nous devons avoir l’honnêteté intellectuelle de dire que nous avons été bercés aux mangas. Si nous voulons créer notre propre style, le Kiro’o, nous ne pouvons cependant pas tout faire en un premier jeu. C’est un peu comme quand les japonais ont vu les sabres lasers dans Star Wars, ils ont lancé la saga des sentaï avec les Bioman, X-Or, Spielvan, etc. De plus, nous voulons faire des jeux pour le monde entier et toute l’Afrique.

https://www.youtube.com/watch?v=hyiY8f7T9e8

Pouvez-vous nous expliquer comment vos nombreux partenaires ont été amenés à croire en votre projet? Vous attirez les actionnaires internationaux, qu’en est il aujourd’hui?

Convaincre les partenaires fait partie des difficultés que nous avons éprouvé pour la mise en place de ce projet, surtout au Cameroun où ça n’a pas été évident. Beaucoup étaient sceptiques quant à la capacité réelle du projet à se réaliser, compte tenu de la nouveauté du secteur d’activité (industrie du jeu vidéo). Mais nous avons trouvé des moyens pour les amener à en comprendre le bien-fondé : communication et transparence. Pour le volet communication, il était important d’informer le public sur les opportunités business du projet et ses avantages, afin de trouver des potentiels investisseurs. Des résultats positifs en ont découlé des multiples publications que nous avons eues. Aujourd’hui, nous avons pu lever plus de 100 millions de FCFA (plus de 150.000€) et comptons plus de 60 actionnaires à travers le monde. Il nous reste quelques 40 parts à écouler sur les 300 qui avaient été mises en vente. Nous avons également proposé la transparence qui, à notre avis, est un gage de confiance pour toutes les personnes désireuses d’investir dans le projet. Nous envoyons des rapports mensuels avec état de toutes les entrées et sorties opérées. Nous communiquons également dans les médias les sommes que nous avons levées, etc. Tout ceci permet de montrer que nous sommes clairs dans nos initiatives d’une part, et d’autre part que le projet évolue.

Comment êtes vous perçus dans votre pays, le Cameroun? Est ce simple d’avoir ce genre d’activité la bas?

L’industrie du jeu vidéo débute avec Kiro’o Games ici en Afrique Centrale. Comme nous le disions, plusieurs personnes étaient sceptiques lorsque le projet était à sa phase de lancement, d’autres n’y croyaient pas du tout. Aujourd’hui, nous pouvons dire que les choses ont évolué. Les Camerounais sont les plus nombreux parmi nos actionnaires ; lors des divers évènements auxquels nous assistons, nous sommes considérés comme des “vedettes” et sommes très souvent valorisés. Eu égard de ceci, on peut dire que la perception est plutôt bonne. Sur une échelle de 1 à 15, on serait au moins à 10 (rires).

Votre renommée grimpe doucement en occident, comment l’expliquez vous?

La première renommée d’Aurion vient du fait qu’il sera le premier jeu vidéo d’Action-RPG pour PC développé par un studio africain. À notre connaissance il n’y en a pas un autre, c’est donc du jamais vu ce qui attise la curiosité : ils sont nombreux à vouloir connaître la genèse, les inspirations, les motivations, etc. Une autre chose est que ce “premier jeu” est réalisé par le pionnier de l’industrie en Afrique Centrale, Kiro’o Games. Pour terminer, comme vous pouvez le voir dans les critiques positives sur notre démo, le jeu n’est pas un jeu classique avec emballage africain, nous avons vraiment mis notre âme dans le gameplay et dans la mise en scène.

Le vent de fraicheur que votre création apporte a été plébiscité et soutenu par le label Greenlight de Steam, est ce important pour vous?

Oh que oui, ce Greenlight marque une très grande étape franchie pour nous. Nous sommes désormais sereins car nous sommes sûrs que tous nos fans à travers le monde (et en Afrique pour ceux qui en ont la possibilité) pourront acheter Aurion sur Steam. C’est une très grande satisfaction pour nous ; ça prouve que nous ne bossons pas pour rien. Nous saisissons cette occasion pour une fois de plus remercier tous ceux qui ont voté, les journalistes, Steameurs et Youtubeurs qui nous ont accompagnés et continuent à le faire. Les jeux vidéo “made in Africa” ont ils plus de chances de s’imposer sur ce genre de plateformes que sur les consoles traditionnelles? A cette question nous dirons oui et non. Oui, s’ils sont limités au seul marché africain. Nous savons tous que le marché des consoles en Afrique est très inférieur à celui des PC. Donc un studio qui fait des jeux vidéo “Africains” pour PC gagnerait plus qu’un autre qui opterait pour les consoles. D’un autre côté, nous dirons non car au niveau international, tout le monde a au départ la même chance de s’imposer. Et il resterait à chacun de se démarquer au niveau du développement et de la création artistique de son jeu. Nous pensons que ce sont ces éléments qui pourraient donner “plus de chance” de s’imposer à un studio africain faisant des jeux pour PC vis-à-vis des autres qui sont spécialisés en jeux pour consoles.

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Aujourd’hui le jeu indépendant mondial connait un boum qui permet à de petites structures de prospérer sur la création originale, vous arrivez donc au moment le plus opportun, que prévoyez vous pour la suite?

Nous devons d’abord finaliser et publier cette version 1.0 d’Aurion et nous espérons qu’elle sera un réel succès. Tel que c’est parti (avec le Greenlight reçu sur Steam), nous croyons plus encore à des lendemains meilleurs. Au long terme, nous prévoyons de lancer le second, puis le troisième et dernier volet de la saga Aurion. En parallèle, nous pourrons explorer l’univers du jeu mobile, les BD et autres produits vidéoludiques.

Pour finir, pouvez vous nous donner 10 “chefs-d’œuvre” du jeu vidéo selon vous (hors simulations type FIFA, F1, NBA, etc.) ?

Voici la liste personnelle d’Olivier :

  • Super Mario (Bros, World et 64)
  • Final Fantasy 7
  • Tales of Destiny
  • Metal Gear Solid (toute la saga)
  • The Elder Scroll : Oblivion
  • The Elder Scroll : Skyrim
  • GTA 3 et GTA5
  • The Legend of Zelda
  • Mass Effect (2 et 3)
  • God of War (toute la saga)

 

N’hésitez pas à suivre le studio Kiro’o sur leur site kiroogames.com, leur Facebook et bien entendu sur la page Steam d’Aurion : Legacy of the Kori-Odan

Stève Albaret

« Expérience sociale » ou viol filmé?

“Expérience sociale” ou viol filmé ?

Nous observons un phénomène assez inquiétant sur les plateformes de vidéos en ligne : les “expériences sociales” ou “social experiment” à l’international. Elles ressemblent à des caméras cachées classiques, blagues vidéos parfois savoureuses et comiques qui pourtant n’obtiennent pas toujours la complicité comme en témoignent les problèmes rencontrés par Rémi Gaillard dans l’élaboration de certaines de ses vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=EsELpX_qY6k

L’expérience sociale n’a rien à voir avec le canular car, si elle garde le principe de caméra cachée, elle ne comporte aucune dimension comique, d’où l’amalgame entre “prankster” et “social experiment”, terme qui camoufle en fait un rapport malsain de voyeurisme que des gens bien nés ou simplement assoiffés de buzz et de vues développent vis-à-vis de mondes inconnus : la pauvreté étant le plus facile.

Car il s’agit bien de facilité : ces vidéos donnent le sentiment d’impunité quant à la possibilité de violer la vie privée de quelqu’un puis de répandre son image sur internet pour le détruire psychologiquement et le ridiculiser publiquement. De plus, la viralité incroyable de ces “expériences” fournissant un spectacle impressionnant de bassesse rend difficile le droit à l’oubli des personnes piégées, ces vidéos renforcent donc les écarts sociaux et semblent distribuer les bons points aux bons sujets et les mauvais aux autres. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir sur internet des vidéos où le dispositif “peeping tom” de l’expérience sociale se retourne contre le voyeur qui prend peur devant un sujet filmé récalcitrant.

La perversité du procédé utilisé par les “pranksters” comme OCK.TV peut aller très loin et viser n’importe quel sujet. Dans le cadre d’une réalité crue, il faut donc être conscient que cette pratique est parfois soumise au retour de bâton de gens s’estimant violés. Le plus bizarre étant que le voyeur puisse se sentir simplement agressé, sans remettre en question sa responsabilité dans la réaction négative du sujet filmé. L’expérience sociale est donc un terme à prendre avec précaution surtout si, comme souligné dans la vidéo, la perspective d’une diffusion vidéo massive et lucrative ternit davantage la soit disant bonne idée de départ en commercialisant une véritable pornographie du réel via une monétisation des droits d’auteur. Même si rien ne dit que ces vidéos présentent des faits authentiques, leur effet négatif est bien réel. On notera que “l’homme pauvre” de la vidéo précédente donne une bonne démonstration de ce qu’impliquent réellement ces nombreuses expériences présentées comme pleines de bons sentiments.

Si vous souhaitez vous construire une véritable expérience sociale, nous vous conseillons de ranger votre caméra et de contacter une équipe de maraude comme ActionFroid dont vous nous parlions dans un précédent article (/actionfroid/).

Si vous tenez malgré tout à empoigner la caméra, inspirez vous plutôt d’Antoine de Maximy, créateur et filmeur du célèbre J’irai dormir chez vous, qui adopte une démarche saine et claire permettant une possibilité de rencontre et d’échange (la fin de J’irai dormir à Hollywood en est un bel exemple). La vidéo et la photo sont des outils précieux au pouvoir dévastateur, s’en servir avec réflexion et parcimonie est donc nécessaire.

Stève Albaret